Nuit et brouillard

Nuit et Brouillard est un documentaire français réalisé par Alain Resnais, à l'initiative d'Henri Michel, et sorti en 1956. Il traite de la déportation et des camps d'extermination nazis de la Seconde Guerre mondiale, en application des dispositions dites « Nuit et brouillard » (décret du 7 décembre 1941).

 

Le film

Nuit et Brouillard est une commande du Comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale pour le dixième anniversaire de la libération des camps de concentration et d'extermination, un organisme gouvernemental fondé en 1951, dont le but était de rassembler de la documentation et de poursuivre des recherches historiques sur la période de l'occupation de la France en 1940-1945, et dont Henri Michel était le secrétaire général. L'historien a déjà lancé en 1953 le projet de la publication d'une des premières anthologies de témoignages de rescapés, Tragédie de la déportation, 1940-1945, en collaboration avec Olga Wormser, qui joue avec lui un rôle fondamental de conseillère historique dans l'élaboration et la documentation du film.

Le producteur Anatole Dauman fait d'abord appel à la réalisatrice chevronnée Nicole Vedrès mais elle refuse en raison de l'insuffisance de moyens de production et de distribution, aussi se tourne-t-il vers un jeune réalisateur prometteur, Alain Resnais. Ce dernier refuse, considérant son manque de légitimité à évoquer un tel sujet, puis s'engage à réaliser le film après avoir convaincu l'écrivain Jean Cayrol, résistant français déporté dans le KZ Mauthausen en 1943, d'écrire le commentaire du film.

D'une durée de trente-deux minutes, le film est un mélange d'archives en noir et blanc et d'images tournées en couleur. Le texte, écrit par Jean Cayrol, est dit par Michel Bouquet d'une voix blanche et sans affect. Le film tire son titre du nom donné aux déportés aux camps de concentration par les nazis, les NN (Nacht und Nebel, du nom du décret éponyme du 7 décembre 1941), qui semblaient ainsi vouloir jeter l'oubli sur leur sort.

Réalisé en 1955, dix ans après la fin des hostilités, ce qui assure un certain recul, le film est le premier à poser un jalon contre une éventuelle avancée du négationnisme, ainsi qu'un avertissement sur les risques que présenterait une banalisation, voire le retour en Europe, de l'antisémitisme, du racisme ou encore du totalitarisme. Il reste difficile d'imaginer aujourd'hui la force du film à sa sortie, en 1956, en pleine guerre froide, quoiqu'il ne mentionne encore pas le caractère racial des exterminations, qu'il ne distingue pas des simples déportations.

Travail de documentation serein, calme et déterminé, ce film montre tour à tour comment les lieux des camps de concentration ainsi que le travail d'extermination pouvaient avoir une allure ordinaire, comment cette extermination était organisée de façon rationnelle et sans état d'âme, « technique » en un mot, et comment l'état dans lequel ont été conservés les lieux est loin d'indiquer ce qui jadis s'y perpétrait.

Les images sont accompagnées de la lecture d'un texte de l'écrivain français Jean Cayrol. Son monologue poétique rappelle le monde de tous les jours des camps de concentration, la torture, l'humiliation, la terreur, l'extermination. Dans la première version allemande, la traduction de Paul Celan diffère parfois de l'original pour des raisons poétiques : elle est restée longtemps le seul texte imprimé en allemand. La traduction littérale du texte original de Cayrol n'a été imprimée en allemand qu'en 1997.

La musique du film a été écrite par le compositeur germano-autrichien politiquement engagé Hanns Eisler.

Le 31 janvier 1956, le film remporte le prix Jean-Vigo, le jury saluant sa qualité esthétique mais voulant aussi adresser un camouflet à la censure d'État. Il sort le 22 mai 1956 dans une salle parisienne, reste cinq mois à l'affiche, et réalise plus de huit millions de recettes en salle8.

Le film fait partie des contenus pédagogiques souvent diffusés aux élèves en classes de troisième, en France et dans les lycées français à l'étranger, pour illustrer le chapitre sur la Seconde Guerre mondiale et la déportation des juifs d'Europe9, car il s'agit d'un des rares films qui, de par sa sobriété, par la solidité historique de ses références et par la beauté plastique et formelle de ses images, aient fait l'unanimité dès leur sortie.

 

Source : Wikipedia




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